Plus d'un siècle après leur passage par la capitale du détroit, nous revenons sur les traces des peintres oui ont succombé au charme de tanger. Delacroix, matisse, tapiro, constant et bien d'autres, tous ont été envoutés par la lumière et la beauté de cette ville pas comme les autres, suspendue entre lorient et l'occident.

Par Zakaria Boulahya - Reportage Wahid Tajani

LE PITTORESQUE ABONDE ICI. À chaque pas, il y a des tableaux tous faits qui feraient la fortune et la gloire de vingt générations de peintres...». C'est en ces termes que Delacroix décrit Tanger, en 1832 déjà ! Des générations d'artistes : peintres, écrivains, cinéastes... ont tenté au fil des années de « saisir » la beauté unique de cette ville particulière, accueillante, espace de convergence entre l'Orient et l'Occident, et ce depuis les Phéniciens ! Pour profiter pleinement de cette expérience, je prends attache avec Mme Hafida Aouchar, l'une de mes amies tangéroises. Hafida est professeur en arts appliqués et cela fait plus de 20 ans qu'elle vit à Tanger, la ville « qui se laisse facilement aimer » comme elle l'appelle. Heureuse surprise, Hafida vient avec son mari, M. Ahmed Al Barrak, également professeur en arts appliqués. Je réalise le privilège que j'ai de découvrir le Tanger des peintres en compagnie de ce couple, unis par la même passion de la peinture, qu'ils vivent au quotidien ! Nous nous retrouvons près de la Grande mosquée qui s'avère être la première étape de notre itinéraire, la mosquée ayant.

Mur Bleu Tanger

LE MARABOUT HIPPIE

Nous déambulons dans les ruelles étroites de l'ancienne médina, direction la Kasbah de Tanger. Les riverains sont de toute évidence très sensibles à la beauté et aux couleurs. Les murs blanchis à la chaux, parfois teintée de jaune d'or, révèlent à merveille le bleu éclatant des fenêtres, les fleurs dans leurs pots... Un grand esthétisme se dégage de ces ruelles. L'architecture des maisons est également révélatrice de l'influence espagnole dans la région, même si certaines façades plus récentes semblent défier les lois de la physique ! Nous arrivons au « Marabout », peint par Matisse en 1912. Il s'agit de Sidi Bouqejja, un homme pieux qui avait la réputation de...soigner les chutes des cheveux et la calvitie ! Hafida m'apprend que le mot « qejja » veut dire « tignasse » en dialecte du nord, l'homme pieux étant sans doute le premier hippie de Tanger... Nous croisons un riverain qui nous indique la maison de Matisse, tout près du marabout, au n°56. Abdeslam, c'est son nom, en profite pour saluer une passante. A son retour, il nous jurera ses grands dieux que la dame en question, une quinquagénaire à l'air digne, était la femme de chambre de Matisse !

Route de Kasbah

LE KASBAH, AU SOMMET DE TANGER

Enfin arrivés à la Kasbah. Du moins à son entrée, l'imposant Bob Mershane, immortalisé par l'américain Henry Ossawa Tanner dans son « Entrée de la Kasbah de Tanger » (1911). La Kasbah fut construite au point le plus haut de Tanger et possède une vue panoramique sur le Détroit de Gibraltar et l'Espagne, un site unique d'où l'on peut observer deux continents à la fois. À l'intérieur se trouve un patio ouvert, qui conduit à Dar el Makhzen, le palais du Sultan qui date du 17ème siècle, transformé en musée à l'heure actuelle. L'édifice magnifique possède de merveilleux plafonds en bois taillé et un patio en marbre. Le style de la décoration est majoritairement marocain : revêtement en zellige, plâtre ciselé, coupole en bois peint ou sculpté. Cependant, les colonnes galbées et les chapiteaux composites en marbre blanc qui ornent le grand patio sont plutôt européens. D'un seul coup, les propos qu'a tenus Delacroix sur Tanger prennent tout leur sens. De cet endroit émane une beauté authentique, majestueuse, et ce n'est pas un hasard si les plus grands l'ont pris pour modèle. Les tableaux de Matisse et les aquarelles de Delacroix bien sûr, mais aussi les toiles de José Tapira, Charles Comoin, Eeckhout...

Tanger Kasbah

CE N’EST QU'UN AU REVOIR...

Nous quittons à regret la Kasbah pour prendre un café au Grand Socco derniere étape de notre périple, peint par Eugère Delahogue en 1914. La place est  « vivante », dans tous les sens du terme. C'est un carrefour où des milliers de destins se croisent chaque jour, depuis des siècles. Hafida émet toutefois des réserves sur son appellation « Le nom de 'Grand Socco' est impropre. Cette place s'appelle en darija marocaine « Souk D’berra », ce qui veut littéralement dire « le souk extérieur », tout simplement car il est situé à l'extérieur des murailles de vieille ville. Et le 'Petit Socco' ? « C'est pareil ça n'a rien à avoir avec l'appellation originale de 'Souk ddakhel', le « souk intérieur » de la vieille ville ». Je sirote mon thé en observant les passants. Réalisent-ils la chance qu'ils ont de vivre à Tanger, de pouvoir s'abreuver chaque jour de sa beauté ? J'aime penser que oui... En ce qui me concerne, les ruelles de cette ville ont encore bien de secrets à livrer. Surtout l'une d'entre elles, « la rue des hippies » comme l'appellent les riverains, une rue où William Burroughs et Tennessee Williams étaient voisins... Mais ce sera pour un prochain périple !

Grand socco Tanger